Un grand Paris qui avance masqué

Plateau de Saclay, le 5 mai 2014

Initié par le gouvernement Sarkozy repris pas le gouvernement Ayrault, la même volonté est à l’œuvre : renforcer l’attractivité de la région Ile de France pour l’inscrire davantage dans la compétition internationale en créant de « puissants pôles de compétitivité «  et en les reliant entre eux et avec les aéroports.

Après la loi Grand Paris de juin 2010 qui a établi un réseau de transports, le « grand huit », des contrats de développement territorial, un objectif de 70 000 logements par an et la création d’un pôle scientifique et technologique sur le Plateau de Saclay, le schéma directeur d’Ile de France a intégré le Grand Paris dans ses objectifs, La récente loi métropole a défini une métropole du Grand Paris couvrant Paris et les départements de la petite couronne.

Le Grand Paris n’est pas avare de promesses : d’emploi, de logement, d’amélioration de transport ; de croissance et d’amélioration de la qualité de vie ; de « développement durable » et même « d’écologie ». .. De nombreux élus non seulement se satisfont de ces promesses mais de plus jouent la concurrence avec le voisin.

Quant aux habitants, ils sont tenus à l’écart des décisions, entendent les promesses, mais voient les effets paradoxaux. Les associations 1 ne s’y sont pas trompées et avec la vigilance de certains élus, les citoyens apprennent à décrypter le Grand paris pour passer du flou à la réalité.

Le Grand Paris c’est un projet de ville monde fondé sur une logique de pôles de compétitivité et la concurrence des territoires, la porte ouverte à des projets « grandioses » via des opérations d’intérêt national (OIN) et des contrats de développement territorial (CDT) cachant mal de vastes opérations immobilières, la mégalopolisation de l’Ile de France, l’accroissement des inégalités dans la région et entre les régions. C’est :

  • La mise en concurrence des territoires par la concentration de richesses sur quelques pôles : La Défense – Saclay.

  • La réalisation d’opérations immobilières : La Défense – Saclay – Gonesse – la spéculation foncière.

  • Des déplacements d’emplois et donc la course aux transports et aux logements.

  • L’hyperconcentration de la recherche et sa mise au pas.

  • L’artificialisation des sols et la destruction des terres agricoles et des espaces naturels: Triangle de Gonesse – Saclay – Plaine Montjean – Village nature – Achères.

  • L’attractivité pour créer des emplois à « haute valeur ajoutée » en attirant notamment de jeunes diplômés venus d’autres régions françaises voire de pays étrangers.

  • D’où la construction de nouveaux logements faisant augmenter le coût de l’immobilier et la rénovation des anciens quartiers populaires, gentrification qui oblige les anciens habitants à se loger plus loin.

  • l’accroissement des inégalités dans la région, la grande couronne oubliée

  • l’accroissement des inégalités entre les régions

  • la concentration sur l’IDF, la saturation et la congestion de la région

  • une empreinte écologique démesurée.

Grand Paris 

Des enjeux : démocratie, emploi, logement, transport, agriculture, environnement.

La démocratie en berne

Le Grand Paris, un projet grandiose d’une grande complexité, qui avance sans information véritable sur les conséquences réelles pour les habitants.

Un double déni démocratique

  • L’absence de débat public sur les enjeux : un débat public organisé seulement sur le trajet de métro mais aucun débat sur la pertinence et l’opportunité de projets tels le cluster de Saclay, le port d’Achères , la construction d’un centre commercial à Gonesse etc

  • La reprise en main par le pouvoir central de l’Etat, à travers des opérations d’intérêt général, véritable régime d’exception au droit commun, cour circuitant le conseil régional et les élus locaux, instaurant des établissements publics qui prennent la main sur les territoires et les infrastructures. A cela s’ajoute désormais la métropole de Paris, sans élections directes du conseil métropolitain.

De nombreuses promesses d’emploi pour accompagner les annonces du Grand Paris 2

Promesses de 28.000 emplois par an au cours des 18 prochaines années, soit une croissance annuelle de 2,5% (avec 2.900/an dans les Yvelines et 3.970/an dans l’Essonne) au lieu de 25.000/an depuis 20 ans. Peut-on croire aux 28.000 nouveaux emplois par an, alors que seulement 25.000/an ont été créés sur 10 ans ?

Au demeurant, si l’on part de 250.000 emplois au mieux compte tenu de la conjoncture, ce chiffre est à rapprocher du nombre de 900.000 habitants supplémentaires annoncé pour cette même période, donc 450.000 actifs : le déficit d’emplois créerait donc 200.000 chômeurs de plus…

Des déséquilibres géographiques aggravés

Actuellement l’emploi est totalement déséquilibré géographiquement dans la région : 30 communes sur 1300 accaparent la moitié de l’emploi en Ile de France. La majorité des emplois se trouve à l’Ouest ; ainsi à La Défense, on observe 18 fois plus d’emplois que d’actifs sur place (Roissy : 60 fois plus d’emplois que d’actifs en 20 ans).

8 pôles de développement sont prévus mais qui en réalité selon les estimations présentées par l’IAU, lors du débat public vont doper Saclay, La Défense, Sud Paris et Roissy, renforçant encore les déséquilibres. 93% de la croissance et de l’emploi est prévu dans les pôles, accroissant le déséquilibre emploi/habitat – Aucune de réponse n’est faite aux besoins d’emploi actuels des habitants.

Des déséquilibres qualitatifs renforcés

En IDF, on trouve 73 % de cadres en plus, 35% d’ouvriers en moins qu’ailleurs. 300 000 suppressions emplois industriels ont été supprimés en 20 ans. Et surtout on constate une forte hausse en qualification des emplois générés en décalage avec les territoires (Roissy 60 fois plus d’emplois que d’actifs). Pour les pôles de compétitivité, les métiers surspécialisés créés devront être occupés par des professionnels en provenance de toutes les régions.

L’hyperconcentration de l’emploi va faire exploser les déplacements contraints

93% de croissance de l’emploi concentrée dans ces pôles : la création de 8 pôles de compétitivité va obliger encore davantage les Franciliens à se déplacer chaque jour vers ces pôles.

Outre ces déplacements exponentiels des Franciliens, les autres régions sont déjà touchées : ainsi 30% des actifs de l’Oise, 27% des actifs d’Eure et Loire viennent en IDF chaque jour.

Création d’emploi ? illusion ou réalité ?

Si l’on analyse précisément les projets, on constate en fait qu’il s’agit essentiellement de déplacement d’emplois et non de création :

Saclay en est l’illustration la plus forte : il s’agit de déplacer des établissements, écoles, centres de recherche sur le plateau et à l’occasion de ces regroupements de « mutualiser » les moyens selon la formule consacrée, ce qui signifie en clair des suppressions d’emploi

A Gonesse, on veut faire croire que la création d’Europa City apportera des emplois ; les associations locales ont démontré ces fausses promesses : emplois du bâtiment non pérennes, destruction du petit commerce et donc des emplois actuels etc ..

A quand un vrai chiffrage des emplois ? Faut-il consommer des espaces agricoles pour créer de l’emploi ?

Transports : des annonces pour « vendre » le Grand Paris

Les transports : une préoccupation quotidienne des Franciliens, souvent source de mal être pour beaucoup d’entre eux. Alors quand on annonce que le Grand Paris va permettre des améliorations, comment ne pas se satisfaire de ces projets qui font miroiter davantage de transports en commun ?

Oui sur certains tronçons , les transports seront améliorés, mais y – avait-il besoin du Grand Paris pour réaliser ce que la région Ile de France avait déjà prévu ???

Il importe donc de regarder de plus près les finalités du réseau automatique du Grand Paris : selon un édito du Monde (9 mars 2013), avec le Grand Paris, il s’agit de « faire émerger de puissants pôles de compétitivité  » et de relier ces pôles entre eux et avec le centre de Paris; d’où ces projets de lignes reliant les pôles aux aéroports . On est loin des problèmes quotidiens de déplacements des habitants.

C’est pourquoi on trouve des projets sur des terres agricoles à Gonesse (une gare) à Saclay (un métro automatique) des priorités curieuses (à Pont de Sèvres une première tranche de travaux dé bouchant sur un T2 saturé etc) ;

Alors que les usagers ont dû se battre pour faire admettre l’idée de prioriser sur l’amélioration des RER et continuent de réclamer en vain des maillages souples et diversifiés

Le réseau est déjà saturé

Actuellement on compte 41 millions de déplacements par jour, chaque année on observe 300 000 déplacements journaliers supplémentaires, y compris en provenance des autres régions (30% des actifs de l’Oise, 27% des actifs d’Eure et Loire viennent en IDF chaque jour.

A l’avenir ?

Une croissance démographique passant de 80 000 à 100  000 ou 120 000 habitants supplémentaires représentera 500 000 déplacements journaliers supplémentaires par an. Sans compter les déplacements contraints liés aux déplacements d’emploi générés par la polarisation des emplois sur quelques zones. A titre d’exemple, quand on implante 100 emplois à Roissy, 15 profitent au territoire local, 85 génèrent des flux dans toute l’Ile de France et la moitié de la Picardie (source J Lorthiois). L’arrivée massive de bureaux supplémentaires à l’Ouest (la Défense + 450 000 m² de bureaux) alors que les zones d’habitation sont à l’est va amplifier encore les phénomènes de déplacement est ouest.

Aujourd’hui, les transports en commun sont majoritairement utilisés par les cadres  et les professions intermédiaires; il importe donc prioritairement de répondre aux besoins de transport des plus modestes, d’améliorer l’existant de réaliser des maillages souples

Le coût du projet est estimé à au moins 27 milliards. Il faut utiliser en totalité ces financements pour améliorer les transports quotidiens des Franciliens et non pour le bénéfice des investisseurs circulant entre pôles financiers et aéroports, ou comme sous marin pour urbaniser des terres agricoles.

La disparition des terres agricoles

Un chiffre symbolique : les surfaces agricoles représentent désormais moins de la moitié de la région : 575 184 ha soit 48,1% de la superficie totale d’Ile de France – chiffres que l’Institut d’aménagement et d’urbanisme a rendus publics en février 2013.

Entre 2000 et 2010, l’Ile de France a perdu une exploitation sur cinq en dix ans.

Selon Agreste, la moitié des exploitations spécialisées en maraichage et en arboriculture a disparu en Ile de France entre 2000 et 2010.

Et la situation va empirer encore puisque dans le cadre Grand Paris -Sdrif,  en moyenne 1850 hectares d’espaces naturels vont disparaître chaque année, dont les deux tiers dans la ceinture dite verte, qui ne restera pas verte bien longtemps encore…

Alors vouloir urbaniser Saclay, Gonesse, Montesson,Villejuif, la Seine et Marne : est-ce bien raisonnable de poursuivre ces projets du passé ?

Logements : la grande illusion

Le projet du Grand Paris, c’est avant tout augmenter l’attractivité de l’Ile de France et donc faire venir de nouveaux habitants dans la région.

En 20 ans l’IDF a gagné 1, 1 million d’habitants (davantage que toute la ville de Marseille).

Reprenons les chiffres et les explications obtenues dans le cadre de la réponse à l’enquête publique sur le projet de SDRIF :

  • le rapport note que « le public attend des explications sur la nécessité de la croissance indéterminée de l’agglomération, sans que des limites soient envisagées ».

  • La Région énonce les scénarios qu’elle a examinés :

-> un scénario tendanciel, qui prolonge les tendances récentes et conduit à 12, 8 millions de personnes vivant en IDF à l’horizon 2030 ;

-> un scénario volontariste qui simule l’impact de la construction de 100.000 logements par an de 2010 à 2030 selon lequel  13,1 millions de personnes vivraient en IDF en 2030.

C’est ce scénario volontariste qui a été retenu pour le SDRIF et conduit à conserver environ le même poids démographique de l’IDF en France, proche de 19%.

Ces choix font aller l’Ile de France  droit dans le mur ! La région manque de logements mais on veut continuer d’y faire venir de nouveaux habitants !

70.000 logements prévus par an, dont 30% de logements sociaux. Mais déjà 400.000 personnes sont demandeuses de logements sociaux….En dix ans, il faut prévoir l’arrivée de 900.000 personnes.

Et plus on attire de nouveaux habitants, plus l’immobilier est cher …

 

Environnement : de multiples problèmes

Des craintes majeures pour les ressources en eau

Elles sont liées aux effets du changement climatique  en 2050  qui aura pour conséquence une baisse significative de la recharge des ressources en eaux souterraines (25%)3  et avec la baisse du débit de la Seine en période de sécheresse, limitation de ses capacités à absorber les pollutions  (SRCE) ; (selon le SIAAP, l’assainissement ne pourra être suffisant) –

Il y aura évidemment davantage de prélèvement car plus de population, et plus de consommation en raison du réchauffement; comment résoudre la question de l’approvisionnement en eau ?

Une montagne de déchets, des répercussions sur la production des gaz à effet de serre

15 à 20 millions de mètres cubes de déchets inertes ou de terres polluées, pesant 30 à 40 millions de tonnes sont à prévoir.

Qu’en faire ? des sites sont envisagés : Carrières dans les Yvelines, en Seine Maritime – Quel sera le coût énergétique du transport ? Sachant qu’actuellement voici la répartition des différentes sources de la production de CO2 en ile de France : transports 48%, résidentiel et tertiaire: 35% industrie 10%, agriculture 5%, déchets 2%.

En parallèle l’Autorité environnementale a rendu son avis sur le projet de Schéma Directeur d’Ile de France qui intègre les projets du Grand Paris en mars 2013. Elle souligne que  la contribution de l’urbanisme à l’évolution des émissions de gaz à effet de serre dans la région sera très éloignée de la division par quatre entre 1990 et 2050 retenue comme objectif initial et s’interroge sur la« durabilité »du développement de l’IDF?

Elle recommande donc à l’État et aux collectivités de faire de la réduction de l’empreinte environnementale « une priorité explicite de rang élevé, justifiant des actions conjointes déterminées ».

Grand Paris, grand projet inutile et imposé

Saclay, Gonesse, mais aussi La Défense, le port d’Achères, les villages Nature en Seine et Marne, la plaine Montjean, autant d’exemples de la concentration des richesses sur quelques pôles, pour réaliser des opérations immobilières, des projets de prestige, démesurés, en consommant de façon irréversible de l’espace naturel et agricole.

Alors que, selon une étude de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme, publiée en juin 2011, les disparités territoriales se creusent en Ile de France, les inégalités de revenus entre communes se renforcent, les plus riches se sont enrichies et les plus modestes ont le plus pâti de la crise entre 2000 et 2008, la stratégie du Grand Paris est fondée sur le développement de pôles d’hyper compétitivité pour concentrer davantage de fonctions supérieures de conception, d’actifs qualifiés, de flux de marchandises et de capitaux pour accentuer encore l’attractivité de l’agglomération au détriment des autres régions.

Alors que l’Ile de France est déjà la région la plus riche d’Europe, première destination touristique de la planète et avec 700 000 entreprises le deuxième pôle mondial d’implantation de grandes sociétés.

Alors que l’Ile de France concentre sur 2% du territoire français :

  • 21% des actifs
  • 23% des emplois,
  • 29% du PIB
  • 36% des cadres
  • 37% de la recherche publique

40 % des dépenses de recherche et développement (Hauts de Seine et Yvelines, hauts lieux de la recherche privée, secteur public très présent à Paris).Et absorbe 42 % de la croissance démographique,

Saturation, fuite en avant, toujours plus, jusqu’où ira la démesure du Grand Paris ?

Accroissement des déséquilibres avec les autres régions, jusqu’où iront le centralisme, la volonté d’hégémonie francienne et le manque de solidarité interrégionale ?

Le Grand Paris : un coût astronomique global pour l’empreinte écologique en Ile de France et pour la France

le Grand Paris est un grand projet inutile au même titre que Notre Dame des Landes, la ferme des mille vaches, le TGV Lyon Turin etc .

 

L’Ile de France, faut-il continuer de la faire enfler ?

C’est une des régions les plus attractives de l’Union européenne, et l’une des premières régions économiques au niveau européen, la plus riche d’Europe. Paris est la plus dense des villes européennes (Paris petite couronne : 20000 hb au km², Barcelone 12000, Londres 10000, Amsterdam 60004) la mieux reliée aux autres capitales. Paris avec plus de 50 millions de m2 de bureaux se place loin devant Londres et New York (33 et 34 millions de m2) !

C’est la plus riche région française, où les écarts se creusent toujours plus entre une population aisée (le revenu moyen francilien est supérieur de 26% à celui des autres régions) et des Franciliens qui s’enfoncent dans la pauvreté : 12,5% des franciliens sous le seuil de pauvreté, plus de 400.000 demandeurs de logements sociaux, 360.000 foyers en précarité énergétique. Les inégalités territoriales s’accroissent, mesurées par les inégalités de revenu entre commune qui se renforcent depuis 2000 5.

La métropole du Grand Paris va renforcer la fracture entre la zone dense, riche, habitée par les cadres, et la grande couronne, réservoir de main d’œuvre, population de plus en plus reléguée, qui ne trouve pas d’emplois sur place.

Au niveau national, l’Ile de France détient déjà une place prépondérante dans les performances économiques du pays. Illustration de son hégémonie et du centralisme, c’est en France qu’existe le plus d’écart entre la capitale et les grandes villes de région en matière démographique et économique.

Continuer à faire grossir l’Ile de France, continuer à favoriser son économie, c’est à la fois dégrader les conditions de vie des Franciliens et celles des habitants des autres régions.

Relocaliser l’emploi dans les zones d’habitation, pour réduire l’usage des transports en Ile de France, répartir l’emploi dans les autres régions françaises, développer les emplois non délocalisables, poursuivre des objectifs régionaux d’autonomie alimentaire et énergétique et redonner aux habitants la capacité d’agir et d’innover, la voie du partage et du respect de la planète est urgente.

 

 

Le Grand Paris : quelques exemples concrets dans les Yvelines

Plateau de Saclay quels enjeux?

Des terres agricoles les plus fertiles d’Ile de France sacrifiées : actuellement 2700 hectares cultivés, 1000 hectares déjà disparus, 2300 devraient être préservés dans le cadre de la zone de protection naturelle agricole et forestière alors que l’Etablissement Public Paris Saclay prévoit des transferts massifs de chercheurs et d’étudiants et que plus de 240 000 logements seraient construits sur les communes autour menaçant encore plus l’agriculture périurbaine. Pourquoi mettre en péril la viabilité économique d’une agriculture très dynamique, et réduire les possibilités de développer l’agriculture dont l’Ile de France aura besoin demain ? Combien de temps les 2300 hectares seront-ils préservés?

 

Une vision dépassée de la recherche 

Le syndrome de la cafétéria a beaucoup occupé le terrain de la justification du regroupement : les chercheurs seraient amenés à se rencontrer à la cafétéria favorisant ainsi le travail en commun. La configuration prévue fera de toute façon que chacun restera dans ses propres locaux… mais là n’est pas le plus grave. En effet, si l’on oblige les labos à déménager (via des financements conditionnels), que l’on impose des collaborations (pour faire face à des concours pour accéder aux fonds publics)… alors il y a essentiellement de la rivalité et non pas de la coopération. En réalité, la proximité des labos de recherche provoque la concurrence rivalité entre équipes. On veut inventer la coopération, alors qu’elle a toujours existé, lorsqu’il y a un intérêt scientifique à collaborer.

Quant à construire une Silicon Valley, le vrai modèle s’étend en Californie sur une zone couvrant l’équivalent de la moitié de l’Ile d e France ! Quelle pertinence à vouloir condenser sur 6 km² ? Sans compter que les chercheurs de la Silicon Valley souhaitent de plus en plus revenir en ville …

Une mise au pas de la recherche par la réorganisation du potentiel de recherche public autour des priorités des grands groupes industriels, l’hyperconcentration au détriment des autres régions (plus de 40% deu potentiel de la recherche publique concentrée en Ile de France), la mise en concurrence des chercheurs par la logique des pôles d’excellence, et au final moins de mètres carrés pour les organismes et pas de moyens supplémentaires pour la recherche, les financements étant engloutis dans les déménagements, et des constructions en partenariats public privé (voir expérience de l’hôpital d’Evry).  Un des problèmes majeurs aujourd’hui c’est le financement de la recherche et la perte de temps consacré à trouver le financement de projets. La mise en concurrence des équipes toujours renforcée aggravera encore ces phénomènes.

Un déplacement d’emplois imposé et générateur de nuisances pour les salariés, malgré l’opposition des personnels : opposition des chercheurs de la faculté d’Orsay, opposition des salariés d’AgroParisTech de Plaisir-Grignon (le comble de l’absurdité : les chercheurs INRA devraient quitter des locaux neuf livrés en 2002 et 2009 pour s’installer à Saclay, alors qu’en même temps des terres agricoles de l’INRA du Moulon à Gif seront urbanisées par le projet de campus, obligeant les chercheurs à retrouver des champs d’expérimentation à plusieurs kilomètres de leurs laboratoires actuels) ; opposition de la mairie de Paris au déménagement du pôle parisien d’Agro Paristech ; opposition de l’Ecole des Mines, opposition des personnels d’EDF au transfert depuis Clamart, etc), opposition des personnels de l’ENS Cachan (le bâtiment principal a été mis en service il y a seulement 5 ans).

Un manque total de démocratie : pas de débat public organisé sur le projet de cluster, sa pertinence, son opportunité…Les enquêtes publiques sur des projets précis (révision simplifiée du PLU de Palaiseau et du Plu de Gif sur Yvette, sur les ZAc prévues à Polytechnique et au Moulon) sont des simulacres de concertation, parfois fondées sur des documents erronées et ne prenant pas en compte les protestations du public.

Un coût faramineux : 1795, 3M€ : c’est le coût calculé des travaux au 30 avril par le collectif Moulon 2020, sans avoir encore pris en compte toutes les dépenses prévues :infrastructures, transports, enlèvement des déchets etc.

Une urbanisation massive : une véritable ville nouvelle sera créée, avec environ 30 000 habitants prévus ; dans un premier temps c’est la frange sud du plateau qui sera touchée. A terme des pastilles d’urbanisation sont semées à Saclay, à l’ouest du plateau : Toussus le Noble, Buc.

Des transports surdimensionnés
Une trois fois deux voies entre Chateaufort en Yvelines et le carrefour du Christ de Saclay : 2 x 2 voies pour les voitures et 2 voies pour y faire passer un transport en commun en site propre (une pétition contre ce projet est en cours).

Tout cela empiétant sur les terres agricoles, les expropriations ont commencé.

Et sans compter le projet de métro aérien sur le plateau de Saclay. Destiné à relier Orly à Saclay et Versailles, il est prévu à échéance 2030 pour un coût de 2, 7 milliards d’euros. Non rentable comte tenu d el faible fréquentation, donc véritable incitation à l’augmentation de l’urbanisation.

Alors que le projet de tram train Versailles /Massy/Juvisy passant par la ligne du RER C, s’il est prolongé vers St Quentin en Yvelines, servira immédiatement pour un accès direct à Massy à moindre coût (240 millions d’euros) Il évite la création de la ligne 18 de métro qui sera essentiellement une ligne de transit au prix de la destruction des terres agricoles.

Une belle opération immobilière
La SCI Terres Fertiles est expropriée sur le plateau de Saclay pour faire une trois fois deux voies sur le plateau de Saclay.Le prix d’expropriation des terres est de 1euro le m². Pour comparer, on trouve à 2 km de là du terrain à bâtir pour bureaux à 100 euros le m² et des bureaux construits à 2400 euros le m².

A terme des déplacements inutiles d’emplois, des salariés loin de leur domicile, une agriculture fragilisée, au détriment de l’alimentation future des Franciliens, uniquement pour le bénéfice des promoteurs immobiliers et des grands groupes de construction …

 

Une vieille obsession ministérielle : urbaniser les terres agricoles du Plateau de Saclay

 

Depuis les années 70 avec Messmer, 84 avec Rocard, ou 2006 avec De Villepin, le Plateau de Saclay est considéré comme un espace inutilisé et disponible pour recevoir soit des entreprises polluantes (CEPr, CEA) soit une ville nouvelle de 150.000 logements, ou plus récemment avec la loi Grand Paris un immense campus.

C. Blanc écrivait dans son livre « la croissance ou le chaos » (quel titre !) en 2006 : « le meilleur moyen d’éviter le mitage des terres agricoles du plateau, c’est d’anticiper la fin de la vocation agricole de celui-ci ».

Le Grand Paris s’inscrit dans la continuité de cette vision de l’agriculture. Sans compter que le projet du campus Paris-Saclay décrit le plateau comme un « espace de desserrement du cœur métropolitain » qu’il va transformer en pôle de rayonnement mondial, une ex ministre ajoutant pour sa part qu’Orsay est un tel désert culturel que l’arrivée de lieux de rencontre, voire d’un théâtre, sur le plateau en réjouira les habitants.

Voilà des villages animés considérés comme des déserts, et des terres agricoles périurbaines, parmi les plus fertiles de France, considérées comme un simple lieu de réserve d’expansion de la capitale, une sorte d’arrière-cour sans habitants dont les cabinets ministériels pourraient décider de son existence ou de sa destruction !

C’est bien d’une conception urbanistique dépassée, très années 50, que relève la logique du campus Paris-Saclay promu par l’Établissement Public créé par la loi Grand Paris. Le paysagiste qui participe à « l’aménagement » du campus a d’ailleurs déclaré vouloir reproduire le campus de Washington réalisé en 1950-60 avec sa grande nouveauté de l’époque des parkway, c’est-à-dire des routes bordées d’arbres.

 

Que trouve-t-on sur le plateau de Saclay ?

 

Des terres très fertiles grâce à une nature du sol particulière conservant l’humidité à l’humus ayant permis même pendant la sécheresse de 2003 de ne pas y arroser le maïs.

Un patrimoine historique, les rigoles, astucieux système de drainage datant de Louis XIV qui a rendu les terres cultivables.

Une agriculture dynamique en pleine reconversion depuis 2000-2005
Une nouvelle génération d’agriculteurs/trices reprend les exploitations traditionnelles de leurs parents (céréalières et extensives) et les réoriente vers les circuits courts :

– Une compostière : 70% des déchets verts des zones pavillonnaires voisines sont réutilisés par les agriculteurs du plateau.

– des circuits courts dans 5 exploitations (Amap 6, cueillette au pré, paniers à la ferme)

– Une exploitation céréalière en reconversion vers le bio : 70 ha en cours dans l’une des exploitations.

-Un jeune aviculteur bio installé depuis 3 ans avec une exploitation quasiment passive énergétiquement qui utilise les céréales bio produites par la précédente.

– La fourniture de produits bio aux restaurations collectives d’entreprises proches.

Des citoyens engagés
En 2005, 1200 citoyens ont créé la SCI Terres Fertiles pour acheter 20 ha de terres agricoles afin de les soustraire à l’urbanisation.  Très mobilisés, les habitants et associations réunis en collectif ont élaboré un projet alternatif à l’OIN remarqué par les élus locaux « un autre avenir pour les Pays de Saclay ». C’est aussi ce collectif qui a réclamé dès le début de préserver les terres agricoles au seuil nécessaire à l’équilibre économique de l’agriculture du plateau.

Cette agriculture périurbaine est soumise à des règlements plus contraignants (bras repliables des engins, heures restreintes de circulation) et à des contraintes économiques plus importantes :il faut un silo et des coûts de stockage pour les céréales vendues à l’extérieur car les routes très saturées amènent les transporteurs à refuser des rotations suffisantes en journée pour évacuer la moisson.

Son équilibre économique est d’autant plus fragile que les exploitations agricoles du fait de ces évolutions ont mutualisé leurs engins. Si l’une d’elles disparaît, ou même voit son activité fortement réduite par préemption de ses terres, le risque est grand d’un « effet domino » mettant en difficulté les autres exploitations les unes après les autres.

Loin d’être un espace vide, délaissé par ses habitants, et en déshérence économique, le Plateau de Saclay est riche de son activité agricole, de son ouverture aux habitants voisins et de sa reconversion vers une économie du futur, fortement marquée par les orientations écologiques qui y font tache d’huile depuis 10 ans.

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1 Coordination pour la solidarité des territoires d’Ile de France et contre le Grand Paris.
2 De nombreuses données chiffrées proviennent des travaux de Jacqueline Lorthiois, urbaniste socioéconomiste http://j-lorthiois.fr
3 Rapport RExHySS – extrait SRCE;
4 Datar 2003.
5 IAU, note rapide n° 551, juin 2011.
6 Les Jardins de Cérès, la plus grosse Amap d’Ile de France avec 300 adhérents/tes.

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